Je suis allé dans la Douat. Plus d'une fois, et pas toujours de mon plein gré. L'inframonde égyptien est l'au-delà le plus efficacement organisé par lequel j'aie jamais eu le malheur d'être traité, et j'en ai arpenté un grand nombre, ce qui est soit profondément impressionnant soit profondément dérangeant selon ce que tu penses de la paperasse.
Anubis pesait ton âme contre une plume. Laisse cela infuser un instant. Une plume. Tout ce que tu as fait, tous ceux que tu as blessés, chaque vérité que tu as tordue, pesé contre une seule plume. Les Égyptiens n'ont pas bâti leur au-delà sur la miséricorde ni sur la damnation. Ils l'ont bâti sur la calibration. Sur la certitude tranquille que la balance ne ment pas, que tout finit par être mesuré, et que la mesure est définitive.
Rê est la plus ancienne puissance de ce fragment. Il y a dans sa lumière quelque chose qui précède le marché, précède l'arrangement des Propriétaires, précède peut-être les Propriétaires eux-mêmes. Je ne le lui ai jamais demandé directement. Il y a des questions que je ne pose pas, non pas parce que je ne veux pas des réponses, mais parce que certaines réponses réarrangent à jamais les meubles de ta compréhension.
Ce qui rend les Égyptiens dangereux, c'est qu'ils ne croient pas aux fins. Osiris est mort. Ils l'ont reconstruit à partir de morceaux. Horus a été aveuglé. Il s'est fait pousser un nouvel œil. Rien de ce que tu leur fais ne reste fait. Joue contre eux en supposant que chaque carte que tu retires a disparu pour de bon, et tu perdras d'une façon qui t'humilie toi personnellement.
Leurs morts reviennent. Leurs cartes détruites se souviennent d'elles-mêmes. Leur mécanique AFTERLIFE n'est pas un simple élément d'ambiance, c'est le reflet direct d'une théologie qui survit à son propre effondrement depuis trois mille ans. Ils ont été enterrés, conquis, oubliés et exhumés.
Ils sont toujours là.
J'ai vu Ammit dévorer des âmes. Elle a de déplorables manières à table. Je le mentionne comme une observation neutre.
























